Bonjour,
Merci pour toutes les réponses déjà apportées. Je souhaiterais toutefois revenir sur les éléments économiques, qui me semblent encore insuffisamment documentés au regard des enjeux du projet.
Dans cette perspective, quelques ordres de grandeur économiques permettent d’éclairer la comparaison entre solutions de stockage de type STEP marine et à d'autres solutions de stockage (comme les batteries lithium-ion) pour une configuration équivalente (50 MW / 400 MWh). L'investissement de l’ordre de 500 M€, avec une durée de vie pouvant atteindre 60 ans, conduit à un coût initial élevé mais peu de renouvellement des actifs sur la période d’analyse. En ordre de grandeur, le coût complet sur 60 ans se situe légèrement au-dessus du CAPEX initial, en intégrant maintenance et renouvellements ponctuels.
À titre de comparaison, un système de batteries lithium-ion de même capacité représente aujourd’hui un investissement initial de l’ordre de 60 à 120 M€, mais avec une durée de vie de 10 à 15 ans, impliquant plusieurs cycles de remplacement sur 60 ans. En coût complet sur la période, l’ordre de grandeur se situe généralement dans une fourchette proche de 400 à 500 M€, selon les hypothèses de prix, de dégradation et de recyclage. Ainsi, si les batteries présentent un avantage net en coût d’investissement initial et en modularité, les deux solutions deviennent d’un ordre de grandeur comparable sur un horizon long, la STEP marine tirant sa compétitivité de sa très longue durée de vie et de la limitation des renouvellements d’actifs. Il me semblerait pertinent de confirmer ou corriger ces ordres de grandeur de première analyse.
Vous indiquez qu'il n'est pas pertinent de comparer les technologies de stockage à partir du seul coût d'investissement. Je partage cette analyse. En revanche, cela renforce justement la nécessité de fournir des indicateurs économiques comparatifs adaptés. Ainsi, vous pourriez au moins présenté un coût actualisé du stockage (LCOS), voire une approche en coût complet système ?
Une telle comparaison pourrait intégrer non seulement les coûts d'investissement, d'exploitation, de financement, de recyclage et la durée de vie des installations, mais également les services système rendus au réseau.
En effet, à l'instar des machines tournantes, les systèmes de batteries modernes peuvent contribuer à la stabilité du système électrique grâce à des fonctions de réglage de fréquence, de soutien de tension, de réserve rapide et, selon leur architecture de contrôle, de fonctionnement en mode grid-forming ou de fourniture d’inertie synthétique. Ces services présentent eux aussi une valeur économique qu’il conviendrait d’intégrer dans une comparaison complète des solutions de stockage.
Dans cette perspective, il serait utile de préciser les hypothèses retenues dans les scénarios de dimensionnement et de comparaison, notamment :
- Les niveaux de surplus de production photovoltaïque considérés (et leur évolution temporelle)
- Les hypothèses de flexibilité de la demande, en particulier liées à l’électrification des usages (dont la recharge des véhicules électriques)
- Les hypothèses de développement des autres moyens de flexibilité ou de stockage sur le territoire
- Et plus généralement la manière dont sont modélisées les contraintes de stabilité du système électrique (inertie, réserve tournante, sécurité de fréquence) dans un contexte de forte pénétration des énergies renouvelables.
Ces éléments conditionnent fortement la valeur relative des différentes solutions et leur contribution effective au système électrique réunionnais. Il permettrait par ailleurs de mettre d'objectiver des coûts liés au traitement des batteries en fin de vie.
La CRE sera naturellement amenée à se prononcer sur la pertinence économique du projet dans le cadre des procédures réglementaires. Néanmoins, dans une logique de concertation publique, il me semblerait important que les citoyens disposent dès à présent d'éléments économiques objectivés et de comparaisons transparentes avec les autres solutions de flexibilité et de stockage disponibles.
Par ailleurs, je m'interroge sur la prise en compte du retour d'expérience international des STEP utilisant l'eau de mer.
À ce titre, le projet pilote d'Okinawa, première STEP marine au monde, présente des caractéristiques intéressantes pour le projet Tanika. Cette installation de 30 MW, mise en service en 1999 et démantelée en 2016, avait été construite pour un coût d'environ 32 milliards de yens (国頭村の揚水発電所廃止 電源開発、世界初の海水利用施設 沖電への売電交渉不調)
En actualisant ce montant de 1999 à aujourd'hui avec l'inflation japonaise, cela représenterait approximativement entre 350 à 450 M€ en euros actuels selon les hypothèses retenues. Soit un ordre de grandeur proche des coûts d'investissement présentés dans la concertation.
Pouvez-vous préciser :
- Quels échanges ont été engagés avec J-Power ou les organismes japonais ayant exploité cette installation ?
- Disposez-vous d'un retour d'expérience détaillé concernant les coûts de maintenance, les phénomènes de corrosion, les performances réelles et les difficultés rencontrées en exploitation ?
- Les raisons ayant conduit au démantèlement du site ont-elles fait l'objet d'une analyse approfondie dans les études préalables du projet Tanika ?
- Les enseignements tirés de cette expérience ont-ils conduit à des adaptations spécifiques du design de Tanika ?
La concertation gagnerait à mettre à disposition du public les principaux enseignements issus de cette expérience unique au monde à ma connaissance, compte tenu de l'apparente proximité technologique entre les deux projets.